Comme nous l’avions annoncé il y a quelques semaines, l’artiste electro Norvégien Binärpilot était en train de finaliser son dernier projet. Son nouvel opus, Nordland, est finalement sorti sur Jamendo la semaine dernière et a déjà reçu de très bonnes critiques. Puisque la communauté de Jamendo est déjà fan de cet album, nous avons pensé que vous aimeriez en savoir plus sur l’homme derrière Binärpilot! Suivez nous avec Alexander Støver au cours de nos dix questions.

1. Comment as-tu grandi en Norvège et qu’est ce ce qui t’as inspiré pour commencer à créer de la musique électronique. Où vis-tu actuellement?
Je sais, je ne suis pas très objectif mais la Norvège est un très beau pays. Je ne l’avais pas totalement réalisé dans ma jeunesse, parce que je n’avais pas de modèle de comparaison. Mais maintenant que je suis plus âgé et que je regarde en arrière – c’est tout simplement magnifique. J’ai grandi à Bodø, la plus grande ville du Nordland. Mon père aimait beaucoup le grand air et il me baladait avec ma petite sœur dans beaucoup d’endroits pittoresques. Je me souviens surtout des voyages dans notre petite cabane à Gjømmervatnet. Belle de jour mais absolument terrifiante de nuit. On jetait des coups d’oeil par la fenêtre et on était certain de voir des trolls tapis dans l’ombre de la forêt qui nous entourait.
J’aime la musique, et particulièrement chanter, depuis le premier jour. Déjà sur les balançoires du jardin d’enfants je reprenais (assez pauvrement) les chansons de Michael Jackson. J’ai commencé à jouer dans l’orchestre de l’école quand j’avais 10 ans. A environ 12 ans, j’étais dans mon premier “vrai” groupe (on faisait alors des reprises). Après ça, je suis passé de groupe en groupe, couvrant un large spectre de genres du rock progressif au speed metal. J’ai écrit beaucoup de chansons, mais je n’ai jamais appris à jouer d’un instrument. Je voulais, à plus d’une occasion, mais je manquais de discipline et j’étais beaucoup plus fasciné par les ordinateurs.
Quand j’ai eu mon premier ordinateur à l’âge de 15 ans et que j’ai découvert la scène, tout a changé. Les années suivantes, j’ai perdu tous mes amis et je suis devenu complètement obsédé par les éditeurs de son. C’était un sentiment si incroyable de composer que tout le reste pâlit en comparaison. J’ai été très incertain sur beaucoup de choses durant mon adolescence, mais la création musicale a été un choix définitif. J’avais trouvé un sens à ma vie.
Je vis actuellement à Oslo avec ma jolie femme.
2. Est ce que tu as déjà expérimenté d’autres styles de musique ou joué avec des instruments traditionnels ou acoustiques?
J’espère qu’il est clair pour les personnes qui écoutent ma musique que je ne suis pas vraiment concerné par la notion de genres. Cela ne veut pas dire que Binärpilot n’a pas un son propre, mais j’essaie juste de faire des chansons que j’aime. Tant que ce n’est pas bloqué dans une direction, je suis cool avec ça. J’ai tenté le style des Bee Gee’s, le rap (à plusieurs reprises), de jouer la moitié d’une chanson à l’envers et ainsi de suite… J’ai fait beaucoup d’expériences quand je travaillais encore sur la création de mon style, et j’ai clairement trouvé mon chemin maintenant. Je continue à me fixer assez souvent des défis en travaillant avec certaines limitations. C’est libérateur pour moi.
Je connais quelques chansons à la guitare, et c’est tout. Un groupe de fans m’a acheté un microKORG que j’utilise beaucoup pour le travail de la voix, mais je ne peux pas me considérer comme un vrai joueur. Je n’ai aucune formation dans aucune musique que ce soit, et je ne peux même pas vous dire les notes de mes chansons. Je crée ce qui semble bon pour moi – cela implique beaucoup d’essais et d’erreurs.
3. Parlez-nous de votre album! Comment Nordland se place par rapport à vos précédents projets, en quoi est-il différent ?
Nordland est mon œuvre la plus accomplie à ce jour et je suis vraiment heureux de la façon dont ça s’est passé. Il y a des choses que je voudrais changer ou continuer à travailler, mais à un moment donné vous devez juste dire « stop ». Il est facile d’entendre qu’il se place comme un prolongement, dans la continuité de beaucoup de mes travaux antérieurs. La plus grande différence est la longueur, ici il y a une dizaine de chansons au lieu des 4-6 habituelles. Lorsque les dons ont commencé à affluer pour le pressage, je voulais profiter de l’occasion et créer quelque chose de spécial pour les fans. J’ai été sidéré par la rapidité que la collecte de fonds a mis pour atteindre le montant fixé, et mon seul regret est qu’il ait fallu autant de temps pour tout finir. Ces dernières années ont été mouvementées et à la fin j’ai dû prendre trois semaines de vacances pour terminer le projet.
Je voudrais préciser que Nordland a été produit par les fans. L’impression, le marketing, tout a été couvert par des dons.
4. Combien de temps tu mets pour produire un morceau? Peux-tu expliquer quels sont les différents aspects à prendre en compte dans la création, de l’inspiration ou produit final?
Tout dépend de la chanson. Parfois, vous êtes emporté par une montée d’inspiration qui va vous emmener du début à la fin du morceau assez rapidement, mais la plupart du temps, il y a un gros travail à développer. Les quelques fois où je travaille à temps plein sur une piste, ça me prends une semaine ou deux. Je fais le clown par-ci par-là, en essayant quelques beats et lignes de basse.
Si j’atteins mes limites en peu de temps et que je ne ressens plus rien je préfère passer à autre chose. Sinon je commence à travailler la structure et à imaginer jusqu’où le morceau peut aller. Habituellement, cela me donne une direction à prendre, comme par exemple, ce que je vais essayer de dire dans une chanson. Pour moi la base de la musique c’est le partage des émotions.
Prenez Penguin par exemple. Au moment de la composer, j’étais bloqué en Norvège, et Rachael (sa femme ndlr) était coincée en Amérique. La chanson contient plusieurs émotions (contradictoires) qui au final donne un ensemble cohérent. La mélodie principale est plutôt vulnérable et mélancolique et la ligne de basse est frustrée et énervée. Quand tout s’assemble, cela donne une chanson sur la nostalgie. Et l’amour. Penguin est un morceau triste et heureux en même temps, et c’est un de mes morceaux préférés sur l’album.
5. Y at-il des thèmes récurrents ou des messages que tu essaies de transmettre dans les chansons qui composent ton nouvel album?
Chaque chanson a sa propre histoire. Je préfère ne pas trop en dévoiler, car il est très gratifiant d’entendre l’interprétation personnelle qu’en font les gens. Dans l’ensemble cela tourne autour de l’idée de grandir, des idées et des aspirations que l’on avait étant jeunes et de quelle façon elles ont évolué. Pour moi, c’était aussi de renouer avec l’être humain (et non plus le robot) en acceptant le fait que je n’atteindrais peut être jamais mes propres ambitions, mais tout en ne considérant pas ça comme une démission. Il est devenu important pour moi d’essayer d’apprécier le monde et les gens qui y vivent au lieu d’être dans une constante opposition à tout ce qui se présente. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des choses qui doivent changer, mais vous ne pouvez pas porter chaque jour le monde sur vos épaules. La vie est trop courte pour être malheureux. Alors dansez! Ouais, dansez comme si personne ne vous regardait. C’est le message.
6. Comment se passe ta vie au quotidien? Qu’est ce que tu aimes faire quand tu ne fais pas de musique?
Je suis développeur web et j’ai la chance de travailler avec mon meilleur ami. Lorsque je rentre chez moi je suis accueilli par ma magnifique femme. Nous restons ensemble et parlons de notre journée, après il nous arrive souvent d’aller voir un ou deux concerts avant que je me retire sur l’ordinateur. J’espère alors faire de la musique, mais le plus souvent je finis par jouer à des jeux avec des amis. Je trouve difficile de produire pendant la semaine. Mon travail exige beaucoup de moi, donc j’ai rarement l’énergie nécessaire pour créer. Heureusement je ne travaille pas le week-end, de sorte que si nous avons quelque chose de prévu, je trouve quand même le temps de composer ensuite. Je n’ai pas l’occasion de travailler avec Binärpilot autant que je le voudrais, mais je me considère privilégié d’avoir une belle vie, une famille et des amis. Et des fans!
7. Est ce que tu as des vidéos pour accompagner la sortie de ton album, ou est ce que c’est prévu par la suite?
Je suis heureux d’annoncer qu’il y a au moins deux groupes de personnes qui travaillent sur les vidéos pour les morceaux de Nordland. J’ai hâte de voir ce que ça donne. En fait, tous les clips que vous avez pu voir sont fait par des fans. Ce serait cool que je m’y implique un peu plus, mais je suis complètement désemparé quand il s’agit de faire des vidéos. Je ne suis pas à court d’idées, mais quand des gens créatifs font quelque chose pour Binärpilot, je veux qu’ils puissent aller jusqu’au bout de leur vision.
8. Quels sont vos 5 albums préférés ?
Sans trop réfléchir :
Aphex Twin – Richard D. James Album
Pink Floyd – The Wall
Yes – Close To The Edge
Primus – Frizzle Fry
System Of A Down – System Of A Down
9. D’après toi, comment a évolué la musique depuis que tu t’y es mis et comment vois tu son avenir?
C’est devenu tellement mainstream que je pleure secrètement chaque nuit avant de dormir. Non, il est certain qu’elle est devenue plus accessible, mais je suis convaincu que c’est encore à des années lumières de devenir ce que je combats. Entre autres choses, Binärpilot a toujours été une tentative de montrer que la musique pop ne doit pas être fade, sans âme ni sans profondeur. La « Popollution » doit mourir.
Plus que tout je pense que le son s’est amélioré et que les compositions sont plus complexes, sans nécessairement sonner de cette façon. Je ressens ça comme une progression naturelle. En fait, vous pouvez savoir vers quoi mon prochain projet s’oriente par l’écoute de la dernière piste de chaque album. Donc, si c’est le cas pour Nordland, il y aura beaucoup plus de chant dans le futur. Ouais, je veux utiliser plus souvent ma voix.
10. Y-a-t-il une chose que tu aimerais faire savoir à tes fans de Jamendo?
J’ai menti au début de cet interview, en fait je suis un robot.